L’esthétique du photomaton

L’esthétique du photomaton

L’esthétique du photomaton

 Ce projet a été crée pour des jeunes en réinsertion professionnelle de l’institution Impulsion basée à Renens, au cours des deux mois de travail nous avons crée une collaboration avec le Festival Images de Vevey. En partant d’une offre culturelle centrée sur la photographie et en passant par l’expérimentation de plusieurs techniques artistiques, les participants_es ont pu faire l’expérience d’une introspection autour du thème de l’identité. 

Nous avons décidé de travailler sur l’autoportrait des participants réalisé grâce à un photomaton que nous avons installé dans les locaux d’Impulsion. En effet, travailler avec le photomaton ne nécessite pas de prérequis techniques et par conséquent permet de donner directement place à la créativité individuelle, de plus l’esthétique du photomaton permet de développer un discours sur l’identité très approfondi. 

Plusieurs artistes internationaux ont exploré cet outil, ce qui nous a permis d’amener un grand nombre d’exemples pour nourrir la recherche des participants_es. La cabine du photomaton, située dans un espace public, donne toutefois l’impression d’espace privé. Protégés par son rideau, à l’abri des regards, les usagers bénéficient d’une certaine intimité. Ce qui se passe derrière le rideau est donc du domaine de l’intime et nous a permis de développer cette expérience de l’identité individuelle et culturelle.
Le photomaton entretient une relation complexe avec le temps. La bande de clichés photomaton suggère inévitablement la séquence, elle implique une relation temporelle entre les images qui se succèdent dans un certain ordre. Cette spécificité des images établit donc un rapport immédiat avec la narration. 

Les quatre photographies obtenues stimulent l’exploration de sa propre image qui devient par conséquent multiple. L’identité devient un problème à investiguer, une image qu’on déforme par les grimaces ou qu’on métamorphose avec des déguisements. 

Ainsi, à trois reprises, nous avons invité les participants_es à produire une séquence de quatre autoportraits.
– Lors de la première séance, ils/elles n’ont disposé d’aucun accessoire.
– Lors de la deuxième séance, ils/elles ont disposé de divers accessoires vestimentaires, déguisements et maquillages.
– Lors de la troisième séance, ils/elles ont disposé d’un objet de leur choix qu’ils ont sélectionné. 

Ils/elles ont par la suite procédé à des transformations sur leur portrait :
En images : intervenir, modifier, compléter les autoportraits avec de la couleur, du dessin, du découpage et de la peinture, afin de créer différents personnages fictifs, d’amplifier une émotion, mettre en forme différentes facettes de leur personnalité, illustrer différents âges de la vie ou masquer certains éléments de l’image pour en faire ressortir d’autres…
En mots : accompagner les autoportraits d’un texte. Ceux-ci pouvaient prendre diverses formes selon les affinités des participants. Ils ont pu décider d’écrire une histoire, un dialogue entre différents personnages, une lettre ou d’ajouter des bulles dans un style de bandes dessinées, ou encore de donner un titre à leur travail.
Avec ces différentes propositions, les portraits ont pu se déployer dans de multiples facettes. 

Ces ateliers pratiques ont été organisés en alternance à deux visites guidées au Festival IMAGES. Les projets sélectionnés pour nos visites traitaient tous, de manière différente, l’aspect identitaire. Ainsi, nous avons mis à disposition des sources d’inspiration et de réflexion variées autour de l’autoportrait.

Cette exploration nous a permis de dépasser les apparences, les lieux communs et d’aboutir à une recherche plus concrète de contenu et ainsi restituer la complexité au concept d’identité. Cette démarche a permis de mettre en confrontation les jeunes avec un état des choses, même si l’image ne plaisait pas, elle n’était pas remplaçable. Seul moyen de la modifier et de se l’approprier a été l’utilisation d’un autre langage artistique. Certains ont dû surmonter des difficultés à se confronter avec une image qui ne correspondait pas avec leur idéal. Par la suite, ils ont développé une forme d’acceptation et ils ont pu prendre de la distance et conclure l’exercice demandé. Ils ont trouvé de l’harmonie en transformant leur image pour restituer du sens et de la profondeur. 

Ce projet a pu faciliter l’accès à une offre culturelle car, d’une part, la presque totalité des jeunes n’étaient jamais allés au festival IMAGES, d’autre part, les participants_es ont démontré l’envie de circuler seuls_es dans le festival et certains/certaines y sont retourné pour continuer leur visite pendant le week-end avec leur famille ou leurs amis. Ce projet de médiation culturelle a fourni un accompagnement qui a permis des transformations dans les représentations des participants_es concernant leur identité individuelle. En partant d’une œuvre photographique, les participants_es ont pu faire une expérimentation esthétique, en premier lieu comme spectateur puis en pratiquant la photographie. Les apports des œuvres extérieures ont nourri le questionnement en permettant une introspection avec des effets probablement durables